Dr Yao Kouadio Côme
Société

Lutte contre l’excision : le plaidoyer du Docteur Yao Kouadio Côme

Il pratique la chirurgie réparatrice depuis environ cinq ans. A l’occasion de la journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF). Une journée commémorée tous les 6 février depuis l’année 2012, le médecin commissaire de police, gynécologue obstétricien le Docteur Yao Kouadio Côme, invite fortement les autorités ivoiriennes à se pencher sur la question des survivantes (femmes excisées) pour une prise en charge effective au niveau de la chirurgie réparatrice en Côte d’Ivoire. Cette intervention s’est faite le 5 février 2021, lors d’une activité de plaidoyer organisée par l’ONG AVSI et la Fondation Djigui la Grande Espérance au plateau, en vue d’éradiquer ce fléau. Récit.  

« Le taux de prévalence des femmes excisées en Côte d’Ivoire est de 36,7%.  Ce qui revient à dire que 36 femmes sur 100 ont été mutilées, et souffrent en silence. Elles vivent un traumatisme psychologique, un traumatisme physique. Il va falloir prendre en charge ces 36 femmes. On ne parle que de lutte contre l’excision, mais celles qui sont déjà excisées, j’ai l’impression qu’on les oublie. Je pratique cette chirurgie depuis cinq années maintenant.  Je me suis rendu compte qu’il y a des douleurs des blessures profondes qui existent et persistent. Très souvent, on n’en tient pas compte.

Il suffit simplement de discuter avec les femmes mutilées pour qu’elles vous décrivent tout ce qui s’est passé depuis qu’elles ont été mutilées.  Même si cela a été fait à l’âge de cinq ans, elles s’en souviennent encore. Ce traumatisme reste gravé dans leur mémoire. Mais, lorsque vous discutez avec elles après l’intervention, vous vous rendez compte qu’il y a du nouveau chez ces femmes.

J’ai l’habitude de recevoir deux groupes de femmes. Les jeunes filles et des femmes plus âgées. La tranche d’âge de femmes excisées que j’ai restauré varie entre 22 et 54 ans.

La plupart du temps, les femmes excisées de 22 jusqu’à 40 ans ont recours à la chirurgie réparatrice pour vivre une sexualité épanouis comme leurs amies non excisées. Entre 46 et 54 ans, c’est un autre langage. Elles viennent plutôt réparer le tort qu’on leur a causé. Et c’est souvent en pleure qu’elles exposent leur problème. Elles en veulent énormément à leurs parents.

Quelles recommandations ?

Il faut vraiment se pencher un peu sur la situation de ce pourcentage de femmes victimes. Il faut trouver une solution. Depuis que nous pratiquons cela, j’ai pratiquement abandonner ce que j’avais l’habitude de faire pour être à l’écoute de ces femmes. Je peux passer toute la journée à les écouter. C’est devenu pratiquement du social. La jeune fille de 22 ans opérée récemment n’avait pas les moyens. On l’a opéré et trouvé les moyens de la soigner. Et c’est récurrent. Ce n’est qu’entre médecin et patient qu’on peut comprendre certaines choses.

Nous avons la possibilité de réparer cet organe ici à Abidjan. Depuis la petite fille qui vend au marché jusqu’aux cadres. Il faut lutter davantage pour empêcher les MGF, et trouver le moyen de consoler celles aussi qui ont déjà subi cette intervention.

MK

Marina Kouakou
Marina Kouakou, une étoile montante des médias ivoiriens. Journaliste engagée contre les violences basées sur le genre, elle est également une militante syndicaliste dans la profession qui prend ses marques.

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